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Vienne la nuit et sonne l'heure - Lana Winters
AnonymousInvitéInvité
Une bourgade silencieuse. Un ciel grisonnant et annonçant une tempête. Les passants se hâtaient de rentrer chez eux ou de se réfugier dans un commerce pour échapper aux intempéries à venir. Têtes baissées, mains enfoncées dans les poches, personne ne faisait attention à personne, pas même à la jeune femme qui remontait le trottoir à contre-courant, en direction des nuages menaçants qui couvaient la ville. Ses longues boucles brunes flottaient comme le voile d’une mariée funeste sur le trench enserrant sa taille. Sa main gantée de noir rajusta inutilement une mèche derrière son oreille. Elle s’envola aussitôt son poing rengainé dans sa poche.

Une bourrasque de vent poussa Theodora Crain à presser le pas. La jeune femme avait toujours été sensible aux courants d’air et au froid, mais ce jour-là, des frissons parcouraient son corps sans discontinuer. Certes, ils faisait frais, mais l’essentiel se jouait dans sa tête comme un sinistre récital. On lui avait donné rendez-vous dans un café pour aborder des détails de son existence qui la révulsaient. Son passé, son don… Theo était médium, comme sa mère et sa grand-mère avant elle. Chaque objet, chaque personne qu’elle touchait lui renvoyaient des visions du passé. Pas toujours plaisantes. Elle portait en elle ces souvenirs comme elle portait son passé sur ses épaules voûtées. Un confrère lui avait un jour confié qu’elle appartenait à la catégorie des gisants : ces patients qui ne se défont jamais du fardeau de la Mort, qui en ont trop vu et qui ne se débarrasseront jamais de leurs traumatismes. Elle ne s’était jamais interrogée sur la question, se focalisant ses propres patients en pédopsychiatrie. Theo préférait la compagnie des enfants à celle des adultes. Elle n’avait jamais vraiment grandi depuis qu’elle avait quitté Hill House dans le vacarme d’une nuit d’épouvante. Elle ignorait encore comment se comporter comme une adulte malgré les responsabilités auxquelles elle faisait face. Comme ce jour-là…

Parvenue devant un café à moitié rempli, Theo consulta une dernière fois son téléphone pour vérifier l’adresse de son rendez-vous. Un rapide coup d’oeil à l’heure indiquée dans le coin supérieur droit de l’écran lui indiqua qu’elle était en retard. Pour changer.

La jolie brune inspira profondément avant de pousser la porte du café. Sans se défaire de ses gants, elle déboutonna son manteau et avança vers une table où une jolie jeune femme était déjà installée. Lana Winters à n’en pas douter. Theo avait fait une recherche sur Internet avant d’accepter de rencontrer la journaliste… et lui parler de ses dons. Elle se planta donc devant sa table et lui tendit sa main gantée en guise de salutation.

- Bonjour, Theodora Crain. Vous êtes bien mademoiselle Winters ?

Theo n’en doutait pas un instant, mais la politesse entre adulte exigeait des filtres qu’elle avait appris à utiliser pour créer l’illusion d’être une personne bien constituée. Et non dévastée de l’intérieur comme le reste de sa famille.
AnonymousInvitéInvité
Vienne la nuit et sonne l'heure
Theodora & Lana

« Changer d’optique, prendre l’exit…  »
Cela faisait déjà un certain temps que Lana Winters s’était sortie de ses ennuis passés… Et pour être “passés”, ils l’étaient. Sans trop savoir comment, elle s’était retrouvée dans une époque future. Elle avait simplement fermé les yeux dans les années 60, après une visite à son vieil ami Kit Walker… Et s’était réveillée à Montréal, dans un monde… Bien différent.

On ne pouvait pas dire que c’était réellement le chaos mais les choses étaient étranges, difficiles… Tout était difficile et tout ce qu’elle pensait irréel semblait… exister. Il n’y avait pas d’explication à sa pseudo téléportation à cette époque, si ce n’était, potentiellement… La même histoire que Kit racontait ? Des extra-terrestres ? En y repensant, elle se mit à pouffer. Cela faisait un moment qu’elle n’avait pas repensé à tout ça, et c’était pour le mieux. Elle avait repris une vie de journaliste normale et grimpait petit à petit les échelons. Mais depuis un certain temps, elle était en contact avec une sorte de médium. Une médium ? Sérieusement ? On dirait plutôt une femme qui essaie de se persuader d’avoir quelque chose en plus. N’oublie pas que tu es censé faire un article sensationnel, tu n’es pas là pour t'attendrir de l’histoire particulière d’une inconnue. Mais à force de discussions… De nombreuses discussions, elle n’avait plus tellement l’impression qu’il s’agissait d’une inconnue. Il avait été nécessaire de créer un lien, une confiance entre elles pour qu’elles se rencontrent. La journaliste avait fait preuve de beaucoup de patience pour ne pas la brusquer…

Elles avaient donc pris rendez-vous dans un café. Un lieu public était évidemment justifié, qui sait sur qui elles pouvaient tomber… Mais Lana avait confiance. Pour avoir côtoyer des psychopathes et des aliénés, elle commençait à reconnaître certains comportements. L’heure du rendez-vous arrivée, Lana réajusta sa coiffure et commanda un verre de vin rouge. Elle n’eut pas à attendre très longtemps avant qu’une jeune femmes aux cheveux bruns et à la peau diaphane se joigne à elle. Avec un large sourire, la journaliste tendit sa main afin de serrer la sienne. Charmante…

Vous pouvez m’appeler Lana… Puis-je me permettre de vous appeler par votre prénom également ?

Elle ne pouvait pas entrer dans le vif du sujet immédiatement, il fallait attendre, au moins un peu…

J'espère que vous n'avez pas pris froid, le vent est... acéré par ici. Vous buvez quelque chose ? C’est pour moi.

C'était un moyen comme un autre d'entamer la conversation. Elle espérait détendre l'atmosphère afin de pouvoir obtenir des informations, et écrire cet article. Après tout, si elle faisait ça, c'était aussi pour aider cette jeune femme...
(c) DΛNDELION
AnonymousInvitéInvité
Le sourire chaleureux de la journaliste aida Theo à se sentir un peu plus à l’aise. Elle ne pouvait pas sentir la douceur de sa peau à travers son gant, mais elle ne doutait pas que le contact l’aurait rassurée.  En revanche, elle ne tenait pas à avoir davantage de visions. Par mesure de sécurité, elle conserva ses protections.

Son visage se détendit, elle esquissa même un pauvre sourire. Elle se défit de son trench et le déposa sur le dossier de sa chaise. Alors qu’elle tirait le siège à elle, Lana lui proposa d’instaurer un climat plus amical.

“Bien sûr… Appelez-moi Theo.”

Son diminutif pouvait paraître familier, mais il était très rare que les gens l’appellent Theodora. Seule sa tante l’utilisait couramment et ses parents… quand elle s’attirait des ennuis étant petite. Alors qu’elle s’attablait, son interlocutrice proposa de lui offrir un verre. La médium avait pour habitude de prendre des alcools forts mais cette fois, elle décida de bien se tenir et de rester convenable.

“Et bien… je vous remercie. Je prendrai une bière.”

Pas très féminin ni aussi élégant qu’un verre de vin, mais Theo ne s’en souciait guère. C’était toujours mieux qu’une vodka pour sauver les apparences…

La pédopsychiatre avait beaucoup de mal à soutenir le regard de Lana Winters. Les yeux perçants de l’investigatrice semblaient percevoir son malaise à travers les murs qu’elle érigeait pour se protéger. Elle remarquait même les frissons qui secouaient ses épaules. Theodora avait préféré ôter son manteau pour ne pas paraître rustre, mais elle le regrettait à présent. Le mauvais temps et ses états d’âme la glaçaient jusqu’aux os. Même ses doigts demeuraient froids sous le cuir de ses gants. Malgré tout ce qu’on pouvait en penser, elle refusait de les quitter. Pour sa santé mentale, surtout.

Elle voyait suffisament le mal à travers la peau des enfants qu’elle traitait en thérapie. Et seigneur, son passé lui paraissait doux comparé aux tragédies des autres. Pas plus tard que la semaine précédente, elle avait retiré une petite fille de sa famille d’accueil, victime d’attouchements de la part de son père adoptif. C’était un fardeau lourd à porter, que d’en avoir conscience. Mais pour les enfants, elle était prête à courir le risque pour tenter de leur venir en aide.

Tu comptes vraiment lui déballer ce genre d’horreurs ? pensa-t-elle.

Alors qu’un serveur déposait une bouteille et un verre devant elle, elle releva son regard sur la journaliste. Aussi jolie et avenante soit-elle, Theo avait peur de ce qu’elle pourrait bien tirer d’elle et surtout, le déformer pour son article de journal. Allait-elle passer pour un monstre de foire ? Pire : une menteuse ? Theo but une gorgée de bière pour se donner contenance avant d’attaquer.

“Alors dîtes-moi… Qu’est-ce que je pourrais bien vous apprendre que je ne vous ai pas confié lors de notre correspondance ?”

Tout, Theo… Tout. Ce que tu caches au monde entier, y compris à tes frères et soeurs.
AnonymousInvitéInvité
Vienne la nuit et sonne l'heure
Theodora & Lana

« Changer d’optique, prendre l’exit…  »
Cette voix… Elle était apaisante, douce et subtile. Ce qui était plus ou moins paradoxal compte tenu de ce don particulier. Bien entendu, elle lui avait expliqué comment cela fonctionnait et quand elle serra sa main gantée, elle fit immédiatement le lien : elle se protégeait de ses visions. Mais pour quelle raison ? N’était-il pas intéressant de savoir qui sont réellement les gens ? Avec un don comme le sien, Lana aurait certainement abusé afin d’obtenir un maximum d’informations… C’était “facile”. Facile, si c’était réel. Après tout, qui te dit qu’elle n’a pas raconté tout ça parce qu’elle est tout simplement perdue dans sa vie ? Qui peut te confirmer qu’elle dit vrai ? Elle ne te donnera pas de noms, tu n’auras pas de témoins à aller interviewer… Tu connais la solution et tu sais ce qu’il te reste à faire pour être convaincue. Si toi, tu ne l’es pas… Tes lecteurs ne le seront pas non plus et tu le sais parfaitement ! Lana chassa ces pensées, préférant se concentrer sur la conversation. C’était ça qui la différenciait des autres journalistes : elle ne jouait plus aux questions et aux réponses, elle discutait, tout simplement. Autrefois, elle faisait partie de ceux qui harcelaient presque… Elle se souvenait encore de la façon dont elle s’était retrouvée à Briarcliff, tentant de tout faire pour avoir des informations sur Kit. Quelle ironie ! Si seulement elle avait su à ce moment-là… Si seulement elle avait pu imaginer ce qui pouvait lui arriver...
La brune commanda, faisant naître un nouveau sourire sur le visage de la journaliste.

Une bière ? Etonnant... ” murmura Lana avant de boire une gorgée de son verre de vin.

On ne pouvait pas juger des goûts d’une personne sur son physique, mais la beauté froide de la brune aurait pu suggérer quelque chose de plus élégant… Un Chardonnay ? Un Bordeaux vieilli ? Elle était tout simplement étonnante.

Alors dîtes-moi… Qu’est-ce que je pourrais bien vous apprendre que je ne vous ai pas confié lors de notre correspondance ?

Une très bonne question, qui fit sourire Lana Winters. Elle aimait ces moments particuliers dans un échange, dans une interviews… Des moments où elle pouvait ressentir une certaine complicité, une perche tendue.

Eh bien… Tout ? Certes, j’ai des informations sur votre don… Mais tout ce dont nous avons parlé était… Superficiel. Et c’est vous qui m’intéressez mais… Attendez.

La blonde enleva le châle qu’elle portait sur ses épaules, et se leva afin de le déposer avec délicatesse sur celles de Theodora. Sans un mot, elle se réinstalla à sa place, croisant les jambes avec élégance.

Et si je vous demandais d’enlever vos gants… Le feriez-vous ?” demanda-t-elle alors que le serveur apportait la commande de la brune

La question était simple et pourtant… Très explicite.
(c) DΛNDELION
AnonymousInvitéInvité
Quand la journaliste releva le choix de Theo, la brune haussa les épaules. Elle s’était promis de bien se tenir pour une fois. De ne pas jurer dans le paysage. Hélas, cette fois encore, elle dépassait un peu du cadre. Cela étant, elle se serait trahie elle-même en essayant de s’habiller avec autant d’élégance que Lana Winters. Tant pis, elle impressionnera le monde une autre fois en se parant comme une dame. Elle peinait d’ailleurs à se rappeler la dernière fois qu’elle s’était exhibée avec une robe ou une jupe… Le mariage de Nell, probablement. Sa jeune soeur avait tenu à l’inclure parmi ses demoiselles d’honneur dans une robe rouge framboise. Bien loin de la banalité du jean et du pull en laine qui couvraient sa peau ce jour-là. Pas assez, visiblement, puisqu’elle frissonnait encore.

La journaliste remarqua d’ailleurs les tremblements de Theo. Sans même le mentionner, elle se leva et s’approcha dangereusement de la jeune femme. Dans un premier réflexe défensif, Theo eut un mouvement de recul. D’ordinaire, la proximité avec le commun des mortels la dérangeait beaucoup, elle ne laissait personne l’approcher de si près si elle n’en avait pas pris l’initiative auparavant.

“Attendez… Non...”

La médium leva une main comme pour la repousser, mais la brise du parfum de Lana Winters l’enveloppa et suspendit son geste. Sans dire un mot, la journaliste couvrit la jeune femme de son châle avant de se rasseoir, l’air de rien. L’étoffe conserva la douce fragrance sur Theo et l’apaisa instantanément avec sa chaleur réconfortante. Abasourdie, la jeune femme se sentit honteuse d’avoir voulu la repousser avec qu’elle semblait animée de bonnes intentions. C’était bien la première fois qu’une femme percevait le froid qui l’animait, mise à part sa propre mère qui possédait elle-même ce don.

“Je suis désolée… Merci.”

Auparavant, Lana avait évoqué son intérêt pour sa personne, mais Theo répugnait à parler d’elle. Son passé lui appartenait et resterait enterré parmi d’autres souvenirs dans son coeur. Elle choisit donc de dévier sur son présent.

“Oh vous savez, il n’y a pas grand chose à dire à mon sujet. Je suis actuellement pédopsychiatre. J’aide les enfants qui ne parviennent pas à communiquer sur leurs traumatismes. J’essaye de leur être utile.”

Si le sujet l’avait un peu refroidie, la suite lui déplut complètement. Ses gants… La journaliste avait flairé l’embrouille à plusieurs kilomètres à la ronde. Instinctivement, Theo recula contre le dossier de sa chaise et retira ses mains de la table. Elle les posa sur ses genoux.

“Non, je regrette. Je ne les enlèverai pas.”

Savait-elle seulement avec quelle violence elle était assaillie de vision quand elle ne les portait pas ? C’était entre autre la raison pour laquelle Theo ne s’engageait jamais dans des relations amoureuses. Personne ne voulait d’une névrosée comme elle, personne ne comprendrait. Pour les novices, elle se déclarait germaphobe. Pour celles qui désiraient aller plus loin, Theo mettait les voiles. Son entourage en pâtissait déjà suffisament. Elle se rappelait encore la dispute avec Nell lorsqu’elle voulut la forcer à utiliser son don. La médium s’était sentie souillée, manipulée pour ses pouvoirs et oubliée en tant que personne. Elle ne voulait pas revivre ce genre de déception.
AnonymousInvitéInvité
Vienne la nuit et sonne l'heure
Theodora & Lana

« Changer d’optique, prendre l’exit…  »
Evidemment… Ca aurait été trop beau. Non écoute Lana, ça valait le coup de tenter ! Mais… Tout de même, tu ne trouves pas ça étrange qu’elle refuse à ce point ? Au bout d’un moment, pourquoi rester en contact avec une journaliste pour discuter de son don si c’est pour en faire tout un mystère ? Non, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond et tu le sais très bien. Insiste ! En temps normal, c’est effectivement ce qu’elle aurait fait… Mais là, elle ne pouvait pas. Elle ressentait la détresse de la brune, comme si elle avait peur… d’elle-même. Ce n’était certainement pas une impression et la journaliste avait la sensation de se voir à travers elle. Évidemment, les circonstances étaient bien différentes mais elle s’était fait peur, elle aussi… Elle avait pris du recul au moment de la fermeture de Briarcliff… Elle avait réalisé à quel point elle pouvait être destructrice afin d’arriver à ses fins. Elle avait promis de faire sortir Judy Martin de l’asile mais elle n’avait jamais pris cette peine, se concentrant uniquement sur le sensationnel. Seulement désormais, elle voulait changer, elle désirait sincèrement faire un article mettant en valeur Theodora Crain, un article sur elle, pour elle… Et pas pour la gloire. Elle n’avait besoin de rien de plus… Seulement il fallait qu’elle sache.

Je m’en doutais mais ça valait la peine d’essayer. Je ne vous forcerai jamais à faire quelque chose contre votre gré, soyez-en certaine. Je pense que nos échanges vous ont prouvé que je n’étais pas indigne de confiance...

Depuis le temps qu’elle écrivait, elle avait eu affaire à de nombreuses personnes qui prétendaient avoir un don, un pouvoir… Mais c’était du vent. En général, elle le sentait rapidement parce qu’ils désiraient la voir et étaient détendus, sûrs d’eux, se valorisant et racontant une expérience spécifique. Seulement ils fuyaient dès qu’elle demandait une preuve réelle. Et là ? Que fait-elle ? C’est pas une fuite ça peut-être ? Non… Theodora ne fuyait pas, elle était effrayée et ça se voyait dans ses yeux.

Le mieux était de changer de conversation, ou du moins, revenir sur un sujet un peu moins gênant. Lana ressentait bien le froid qui s’était installé… Néanmoins, elle nota que la brune n’avait pas enlevé son châle, et l’en avait même remerciée. C’était une preuve de confiance, et la journaliste n’avait pas envie de la perdre.

Bien… Sachez que je sais être patiente, ajouta-t-elle, un sourire en coin. J’imagine que ce vous vivez quotidiennement avec ces enfants est assez lourd. Vous avez beaucoup de courage, c’est admirable.

Ce n’était pas de la flatterie, elle était sincère. Elle ne pouvait qu’imaginer ce qui devait se passer dans la vie de ces enfants. Eux, impuissants face aux situations les plus difficiles.

Auriez-vous éventuellement une anecdote à me raconter ? Il est évident qu’aucun nom ne sera communiqué...

Elle sortit un magnétophone ainsi qu’un bloc-note et un stylo. Malgré la “nouvelle” technologie, elle avait gardé ses réflexes habituels.
(c) DΛNDELION
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La médium se rendit compte de sa brusquerie, elle était bien trop sur la défensive. C’était un réflexe de survie. La journaliste ne pouvait pas savoir à quel point ce genre d’expériences avait traumatisé Theo dans le passé. A moins d’avoir un don similaire, personne ne pouvait comprendre ce que les médiums ressentaient. Cette sensation de froid emprisonnant le coeur, des sensations atroces assaillant son corps pendant les visions, des flash incessants agressant son esprit. Et un sentiment de vide intense dès que ces souvenirs cessaient de la harceler. La jeune femme vivait éveillée les cauchemars des autres.

“Désolée, c’est que… C’est une épreuve pour moi d’utiliser mon don. Je ne le fais qu’en cas d’extrême nécessité. Il y a des secrets qu’il vaut mieux ne jamais connaître.”

La brune garda ses mains cachées sous la table comme pour se protéger. Avec cette moue renfrognée, elle ressemblait à l’enfant qu’elle avait été. L’enfant qui n’avait jamais grandi depuis Hill House.

Lana la rassura de sa voix douce, semblant respecter son choix. Au moins, elle semblait comprendre… Theodora la remercia d’un sourire timide tout en resserrant son châle autour de ses épaule. Le bar lui parut soudain moins hostile. A la table voisine, un groupe d’étudiants éclata de rire, rendant l’ambiance plus détendue.

“Oui, nous avons beaucoup échangé. La confiance se gagne petit à petit, mais je dois admettre que j’ai apprécié de pouvoir me confier sans limite à une inconnue.”

Dans ses lettres, Theo avait baissé sa garde, se sentant protégée par la barrière de leurs correspondances. Elle lui avait raconté certains aspects de sa vie professionnelle mais Lana en voulait plus, c’était évident. La médium ne lui avait rien donné de croustillant à se mettre sous la dent. Le secret professionnel la muselait mais en restant évasive, peut-être pouvait-elle se permettre d’en dévoiler un peu plus sur son quotidien ? Lana la complimenta sur son courage, son implication auprès des enfants. Gênée, Theo baissa les yeux.

“Ce sont eux qui ont le plus de courage dans cette histoire. Ce sont mes petits héros.”

Alors que la journaliste l’enjoignait de lui raconter plus de détails, Theo se pencha en avant. Même si les jeunes d’à côté parlaient trop fort pour l’entendre, elle préférait se rapprocher d’elle pour parler le plus bas possible.

“Une de mes patientes souffrait de terreurs nocturnes, une petite fille adoptée depuis trois ans par un couple sans histoires. Elle se réveillait en hurlant presque toutes les nuits et refusait de parler de ce qui la tourmentait. Son seul moyen d’expression était ses dessins où elle dessinait toujours la même chose. Un visage avec un sourire inquiétant caché dans le sous-sol de leur maison.”

Theo prit une grande inspiration avant de poursuivre. Ces souvenirs persistaient encore dans sa mémoire comme si elle les avait vécus la veille. A côté d’elle, l’excitation des étudiants monta d’un cran, tranchant cruellement avec les sentiments qui la déchiraient à présent.

“Quand je m’y suis rendue, j’ai visité le sous-sol sans rien trouver. Ses parents y avaient aménagé un petit salon. C’est alors que j’ai remarqué une tache au plafond, juste en-dessous du canapé. Cette tache ressemblait au sourire que la petite dessinait, alors je me suis allongée sur le sofa et… Là, j’ai ressenti tout ce que son père adoptif lui faisait subir. Ca faisait presque deux ans qu’il abusait d’elle dans ce sous-sol. J’ai fait arrêter ce type, il fallait qu’il paye.”

Theo reprit une gorgée de bière pour évacuer ses mauvais souvenirs. Les yeux rivés sur la table, elle avait du mal à soutenir le regard de Lana.
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Vienne la nuit et sonne l'heure
Theodora & Lana

« Changer d’optique, prendre l’exit…  »
Si la journaliste avait pu imaginer un seul instant ce qu’allait lui répondre la brune, elle n’aurait peut-être pas immédiatement posé cette question. A Briarcliff, elle avait entendu de nombreuses choses… Certains patients avaient perdu la raison à cause de mauvais traitements durant l’enfance. Elle-même avait été abusée… pas durant l’enfance, certes, mais cela n’empêchait pas le souvenir douloureux.

Theodora… Je suis navrée...” murmura-t-elle.

Elle réalisa seulement à ce moment-là qu’elle n’avait pas bougé, que la brune était toujours aussi proche. Son parfum envahissait ses narines, contrastant avec l’ambiance à couper au couteau : douceur contre douleur. Mais que pouvait-on dire à quelqu’un qui venait de nous annoncer une chose pareille ? C’était totalement idiot et dire qu’elle était désolée ne changerait rien à la souffrance de cette pauvre petite-fille. Pourtant, elle n’avait pas d’autres mots.
A leurs côtés, les étudiants, insouciants, riaient à gorge déployée. L’espace d’un instant, la blonde hésita à se retourner pour leur demander de bien vouloir baisser d’un ton. Mais c’était la colère qui parlait… Une colère qu’elle reconnaissait bien. La même qu’elle avait ressenti quand Thredson avait posé ses mains sur elle… et tout le reste. Celle qui s’était insinuée en elle quand elle avait appris qu’elle était enceinte… Toujours aussi présente quand elle avait dû, après des avortements infructueux, accoucher de cet enfant qu’elle ne désirait pas.

Je comprends mieux ce que vous vouliez dire en parlant de petits héros, dit-elle, en se reculant contre sa chaise. Mais je maintiens ce que j’ai fait, vous faites preuve d’un courage prodigieux. Je n’ose imaginer ce que vous devez vivre chaque jour, avec ces pensées… cette douleur permanente.

C’était ça, elle ne pouvait qu’imaginer. Si c’était vrai, c’était bien au-delà de l’empathie. Lana avait l’impression qu’elle “vivait” les choses à la place de ces enfants. Si ça, ce n’était pas du courage… Continuer à exercer ce métier alors qu’elle pouvait souffrir à chaque instant… Une gorgée de vin et elle ajouta :

Comment cela se passe, concrètement ? Je n’ose insister mais… Votre don, comment se fonctionne-t-il ? Vous avez des images seulement ? Peut-être des sons ?

Elle avait des difficultés, réellement, à se représenter la chose. Elle devait comprendre, ça avait toujours été le cas. Lana Winters était une femme qui aimait le concret, le tangible. Seulement ici, elle n’était pas dans son élément, elle se trouvait face à une situation inédite. Inédite et difficile.
(c) DΛNDELION
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L’empathie de Lana réconforta Théo. L’entendre murmurer son nom lui fit lever les yeux pour rencontrer les siens. La médium esquissa un sourire pour se défausser.

“Ca va… On apprend à vivre avec et on fait ce qu’on peut pour les aider à recoller les morceaux.”

Son regard plongé dans celui de Lana, elle crut déceler un trouble sur ce beau visage. Pas ce qu’elle observait d’ordinaire chez les touts petits, mais tout aussi profond. Une de ces douleurs qui marquaient l’esprit au fer rouge et laissaient des cicatrices bien trop profondes pour les oublier.

Tu es une survivante, toi aussi. Je le sens...

Peut-être Lana sentit l’insistance du regard de la jolie brune. Elle changea de sujet, préférant lui demander comment fonctionnait son don. Pour cette partie de la discussion, Theo se sentait plus détachée. Elle arrivait à en parler sans peine car c’était tout simplement mécanique pour elle.

“Mon don se manifeste par le contact. Peau contre peau. Mes mains sont le plus sensibles aux souvenirs des gens. Il suffit de brèves salutation pour que ma vue se brouille et alors je me retrouve immergée dans la mémoire des gens. Tout me saute au visage : les bruits, les odeurs, les sensations… Mais ça ne dure qu’un temps. Le temps d’un contact. Heureusement, ces gants me...”

Theo fut soudain interrompue par l’arrivée d’un étudiant de la table voisine. Passablement éméché, il tenait à la main une chope de bière qu’il venait de faire remplir. Il buta contre leur table, à la hauteur de Lana.

“Mesdemoiselles, on fête la fin de nos partiels, est-ce que vous venez vous joindre à nous ? On manque de filles à notre table.”

D’instinct, Theo perçut mal son comportement intrusif. Elle-même était franchement portée sur la boisson et savait qu’elle pouvait se montrer indésirable tant l’alcool lui donnait des ailes. Et le voir pénétrer dans l’espace de la journaliste lui déplut énormément. Son instinct de protection lui hurla donc d’intervenir.

“Ecoute gamin, c’est gentil mais on est juste là pour boire un verre et on a passé l’âge des soirées étudiantes.”

Loin de comprendre la subtilité de son refus, le jeune homme se colla un peu plus contre Lana Winters, ce qui eut le don d’énerver un peu plus la médium. La jeune femme se pencha donc en avant et tendit le bras pour le repousser de quelques centimètres.

“Et recules s’il te plait. Mon amie ne t’a pas autorisé à envahir son esp...”

Theodora n’eut pas le temps de terminer sa phrase. Un autre de ces blanc-becs arriva derrière son ami et le bouscula. Sans doute involontairement. Incapable de maîtriser ses mouvements, l’intrus bascula en avant et renversa sa pinte sur le bras de Theo. Trempée jusqu’au bout des doigts, la brune s’emporta.

“Hey ! Vous pouvez pas faire attention ?! Dégage maintenant !”

Tout penaud, l’étudiant se répandit en excuses avant de se retirer à sa table. La colère de la médium l’avait dégrisé en un instant. Enfin seules, Theo reporta son attention sur Lana et leva un sourcil blasé.

“Ces gosses...”

Dépitée, Theo retira son gant droit imbibé de bière pour l’essorer. Heureusement qu’il s’agissait de cuir… mais tout de même, elle détestait sentir l’odeur de la bière sur ses vêtements.
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Vienne la nuit et sonne l'heure
Theodora & Lana

« Changer d’optique, prendre l’exit… »
Elle n’avait pas tort : “On apprend à vivre avec et on fait ce qu’on peut pour les aider à recoller les morceaux.” C’est exactement ce que faisait Lana, elle avait appris à vivre avec et recollait les morceaux. Des morceaux de son âme brisée. Seulement elle n’avait pas pu tous les recoller… Certains lui avaient été arrachés avec une violence insoutenable, elle ne savait pas, encore aujourd’hui, si elle pourrait les retrouver un jour.
Ce regard posé sur elle la troubla plus que de raison. Pouvait-elle la sonder ? Imaginer ce qu’elle avait vécu ? Ou pire… le voir ? Le ressentir ? D’après ce qu’elle lui expliquait, c’était bien plus qu’une simple vision, elle se retrouvait effectivement dans la situation vécue. Quelque chose de ce genre… Elle allait rebondir quand elles furent interrompues par un des étudiants. Il sentait l’alcool à plein nez et se rapprochait dangereusement… Bien trop dangereusement au goût de Lana.

Qu’est-ce que...” commença-t-elle alors qu’il se penchait un peu pour leur parler

Elle était abasourdie. Ils manquaient de “filles” à leur table et leur proposait ? Naturellement ? La galanterie était morte. Le respect également. Avaient-elles l’air intéressées ? Semblaient-elles dans le besoin de se retrouver avec des inconnus, jeunes et insouciants ? Clairement pas. Le pire était leur proximité… Depuis Oliver, elle ne supportait plus que des hommes l’approchent à ce point, contre son gré. Ils envahissaient son espace vital et elle se sentait impuissante.
Quand elle le sentit carrément au dessus d’elle, un frisson de dégoût la parcouru et cela dû se lire sur son visage

Et recule s’il te plait. Mon amie ne t’a pas autorisé à envahir son esp...

L’espace d’un instant, Lana eut envie de remercier la brune mais la fraction de seconde suivante lui coupa toute envie de discuter. L’alcool, cet ennemi. Quand on ne sait pas se gérer, on évite de s’approcher des autres.
Il venait de renverser sa bière sur le bras de Theodora, l’éclaboussant elle aussi au passage. Ses excuses ne valaient rien… mais la colère de la brune leur permit de se retrouver à nouveau seules. Elle jeta un regard vers leur table, bien plus calme désormais.

Attendez, ne bougez pas.

Dans l’urgence de la situation, elle avait sorti des mouchoirs de son sac à main afin d’éponger le liquide. Elle se pencha un peu afin de sécher au mieux la cervoise qui répandait une odeur assez forte. Tout naturellement, et sans réfléchir, elle prit la main de Theodora et commença à l’essuyer avant de s’arrêter, blafarde. Tu n’as pas réfléchi ? Vraiment ? Pourtant, c’est une belle occasion, non ?
Seulement elle avait réagi spontanément, sans faire attention. Elle voulait rendre service et surtout, s’occuper l’esprit pour oublier ce désagrément. Durant l’intrusion, elle avait perdu de sa superbe. Exit l’assurance, elle se revoyait dans la cave de ce thérapeuthe psychopathe.

Je… Je suis désolée, ce n’était pas voulu...” murmura-t-elle.

Le visage de la brune ne présageait rien de bon. Il semblait évident que leur contact avait créé quelque chose. Une vision ? Peut-être… Mais les secondes qui défilèrent ensuite pouvaient certainement figurer dans le palmarès des plus longues de son existence.
(c) DΛNDELION

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Prise dans la tumulte des évènements, Theodora ne vit même pas ce qui était sur le point de se produire. Alors que les étudiants retournaient à leur table sans broncher, elle se tourna vers Lana.

“Est-ce que ça...”

Trop tard. Elle ne vit que trop tard la main de la journaliste toucher la sienne pour l’éponger de toute cette bière. Theo avait commis l’erreur de retirer son gant et de penser que tout se passerait bien. Le contact ne dura que quelques secondes, le temps que Lana réalise son erreur, mais pour la médium, une éternité de tortures lui sauta au visage.

Elle sentit d’abord la douceur des lèvres d’une femme sur les siennes, puis la violence des électrochocs de part et d’autres de son crâne. Une souffrance sans nom portant le masque d’une nonne. Elle voulut hurler mais la tête lui tournait, confusant toutes ses idées et ses souvenirs. Un goût de bile envahit sa bouche alors qu’elle visualisait des images pornographiques et touchait les parties intimes d’un homme. Puis le sang teinta sa langue de rouge. Le visage d’un autre homme se matérialisa au-dessus d’elle, bien trop près de sa bouche. Une douleur aigüe monta en elle, déchirant son bas-ventre et ses entrailles. Puis le doux visage de la journaliste reparut devant elle, interrompant ce flot d’images insoutenables.

Pendant quelques secondes, Theo fut incapable de bouger. Son regard flou peinait à s’accoutumer au retour à la réalité. Sa poitrine s’élevait et s’abaissait dans une chamade irrégulière, en hyperventilation. Une larme franchit le seuil de ses paupières lorsqu’elle croisa le regard confus de Lana.

“Ils ont essayé de vous changer...”

C’en était trop pour la médium. Encore secouée de ces visions chaotiques, elle se leva en manquant de renverser sa propre bière. Elle ne s’aperçut pas que le châle de Lana venait de glisser de ses épaule pour tomber mollement au sol. Plus rien n’avait vraiment de consistance pour elle dans les minutes où elle émergeait de souvenirs aussi violents. En titubant, elle recula et buta contre sa propre chaise, sa main plaquée sur son aine tant la douleur semblait encore présente. Elle en oublia même de récupérer son gant trempé de bière.

“Excusez-moi...”

Impossible de tenir plus longtemps dans l’atmosphère oppressante de ce café. Theo étouffait. Elle se précipita donc vers la sortie pour sentir l’air frais de l’extérieur sur sa peau et dans ses poumons. Lorsque la porte claqua derrière elle, elle se plaqua contre la façade du bar et se laissa glisser à terre en éclatant en sanglots. Ces visions étaient bien trop éprouvantes pour elle et le simple fait d’imaginer la jolie journaliste vivre ces scènes lui retournaient l’estomac. On l’avait internée dans un hôpital psychiatrique pour soigner son homosexualité, on l’avait torturée avec des corps masculins, on avait abusé d’elle. Theo aussi préférait la compagnie des femmes, mais jamais elle n’aurait pensé que ce genre de pratiques existaient encore.

Ses genoux repliés contre sa poitrine, Theo essayait de retrouver une rythme respiratoire normal. En vain. Ses mains en tremblaient encore, sa gorge la brûlait et sa crise de panique ne faisait que commencer.

Foutu don. A quoi ressemblait-elle à présent ? Assise sur le trottoir d’un bar, apeurée comme une enfant, c’était sans doute la vision de trop...
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Vienne la nuit et sonne l'heure
Theodora & Lana

« Changer d’optique, prendre l’exit… »
Jamais elle n’aurait dû. Il aurait fallu qu’elle réfléchisse mais non ! Non ! Bien au contraire… Elle avait spontanément voulu l’aider. Pour quoi, au final ? La faire fuir ? Faire éclater cette bulle de confiance qu’elle avait eu tant de mal à installer ? Lana maudissait ces étudiants autant qu’elle se maudissait elle-même. Cet échange furtif venait de bouleverser totalement Theodora et lorsqu’elle vit cette simple larme perler sur sa joue, c’était comme si l’eau reflétait sa vie, tel un miroir brisé. Brisé comme elle l’était. Et la brune le savait désormais. Ce n’était donc pas un “personnage”... Au moins, tu en as la certitude. Elle a un don… ou une malédiction, tout dépend du point de vue. Car effectivement, comment pouvait-on appeler cette souffrance partagée “un don” ? Elle devait vivre chaque jour de sa vie dans la peur d’être assaillie par des images douloureuses et violentes. Qu’avait-elle pu voir durant ces quelques secondes ? Briarcliff, très certainement, à en juger par ces quelques mots lancés à la hâte. Des mots suivis d’excuses avant qu’elle ne parte.
La journaliste rassembla ses affaires et constata que son châle était étendu sur le sol. Elle le ramassa, le serrant quelque peu et se leva en soupirant.

Et merde !” lâcha-t-elle avant d’aller au bar payer leurs consommations.

Elle allait sortir quand elle aperçut le gant sur la table… Ce fameux gant protecteur. Elle le prit rapidement.
Impossible de la laisser dans cet état, il fallait qu’elle sorte, qu’elle la rejoigne, qu’elle lui présente ses excuses… Mais comment s’excusait-on d’avoir vécu des choses difficiles ? Parce qu’il était évident que c’était ça qui l’avait heurtée.
Elle sortit rapidement, ne prenant pas la peine de sortir son parapluie, pas plus que son châle. Le temps était chaotique mais peu importait à cet instant : où avait-elle pu partir ? Lana tourna la tête avant de constater que Theodora était là… assise sur le sol trempé, tremblante et dans un piètre état. Le coeur de la journaliste se serra violemment : qu’avait-elle fait… ?
Elle s’approcha sans aucune prudence, il était désormais trop tard pour faire attention. Elle s’accroupit et posa ses mains sur ses jambes. Le tissu la protégeait-il ? De toute façon, elle n’avait pas d’autres choix, et il fallait qu’elle lui montre qu’elle était là… Qu’elle n’avait pas fait ce déplacement simplement pour un article. Parce qu’à bien y réfléchir, c’était la vérité : elle ne pensait plus à son article et n’avait même pas pris la peine de prendre des notes… Son magnétophone tournait toujours, pour rien.

Je vous en prie… Je… Que puis-je faire ? Je suis désolée… Véritablement désolée. Je ne sais pas ce que vous avez vu… Mais… Si vous désirez des explications, je suis disposée à vous répondre.

Elle était prête. Prête à tout lui expliquer, prête à la rassurer si cela était possible. Prête à la calmer, à l’apaiser. Les enfants étaient fragiles, ils ne pouvaient pas agir… Mais elle, elle avait pu. Et elle avait fait de son mieux pour remonter la pente, seule. Cela n’effaçait en rien les atrocités vécues mais elle avait trouvé la force d’avancer. De là à dire que cela pourrait rassurer la brune… Mais il fallait qu’elle tente quelque chose… Sa souffrance était bien trop brutale.

Theodora...” murmura-t-elle, une larme perlant à son tour sur sa joue.

Sa voix s’était brisée, cassée par la pression de l’étau qui enserrait sa gorge. La Lana Winters ambitieuse et prête à tout pour dévoiler du sensationnel était bien loin. Cela faisait très longtemps qu’elle n’avait pas laissé s’envoler cette carapace qui entourait son coeur. Elle n’avait jamais parlé à personne de ce qu’elle avait pu vivre. Que cela soit à une conquête ou à un ami… Personne. Kit n’était plus de ce monde, de même que tous les autres. Plus personne n’avait de souvenir de Briarcliff… Plus personnes sauf ces deux femmes, désormais, qui prenaient la pluie sur un trottoir de Montréal.
(c) DΛNDELION

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L’illusion de chaleur cuisant ses tempes et de douleur entre ses jambes s’estompa progressivement. Theo avait ressentit la même chose pour la petite fille dont elle venait de parler à Lana. Et elle s’était juré de ne plus laisser ses émotions l’emporter sur son être.

Quand sa petite soeur Nell était victime de terreurs nocturnes, leur père la rassurait souvent en lui disant que les cauchemars n’étaient que des rêves qui débordaient sur la réalité. Force était de constater que le passé des autres avait le même effet sur Theodora. Ses jambes en tremblaient encore. Elle s’était assise pour ne pas tomber sur le trottoir tant les souvenirs de Lana l’avaient remuée. A tel point qu’elle entendit à peine les talons de la journaliste battre le bitume. Lorsqu’elle s’agenouilla à sa hauteur, Theo sursauta. Ses doigts gantés emprisonnèrent sa main nue contre sa poitrine dans un réflexe défensif. Elle ressemblait à un animal blessé.

Elle sentit les mains de la jeune femme sur ses genoux. Un peu de chaleur sous la pluie qui commençait à détremper la rue. Croiser son regard la ramena à la réalité et lui rappela que Lana était la véritable victime dans cette histoire. Sa tragédie n’avait fait que ricocher sur Theo. Le souffle court, la médium essuya ses larmes d’un geste rageur. Elle détestait être vue dans cet état.

“C’est moi qui devrait m’excuser. Je… c’était insoutenable.”

Theodora ne le savait pas encore, mais ce court instant de contact ne lui avait pas dévoilé tout le passé de Lana Winters. Pourtant elle ressentait toute sa douleur, toute ses craintes de femmes meurtries. Voir une larme couler sur sa joue fendilla un peu plus le coeur de la médium. Lana s’affirmait prête à lui en parler, mais Theo ignorait si elle était prête à les entendre. Ces souvenirs ne lui appartenaient pas.

Lentement, elle tendit sa main gantée en direction de Lana et essuya la larme qui roulait sur son visage du bout du pouce. Ses beaux yeux laissaient transparaître la violence d’un passé qui revenait à la charge. Sans la connaître, Theo aurait souhaité avec le pouvoir de les faire disparaître.

“Non, vous ne me devez aucune explication. S’il y a encore un cercle d’intimité que je pourrai pas franchir, c’est bien celui-là.”

Elle la reconnaissait à présent, cette fêlure dans son regard. Comme un miroir pour Theo. Une jeunesse dévastée, un coeur brisé. Elles partageaient toutes les deux la souffrance du souvenir et la solitude qu’elle créait. Si la fratrie Crain s’était désolidarisée à l’âge adulte, Theo avait continué à vivre près de Shirley, sa soeur aînée. Mais Shirley s’était toujours défendue de revenir sur leur passé. Peut-être avait-elle fait son deuil plus vite que les autres, peut-être que Theo était en retard. Peut-être n’avait-elle jamais grandi, après tout. Mais une chose était sûre : cela l’avait considérablement éloignée des autres. Et rencontrer une âme aussi torturée qu’elle la rassura un peu. Il existait encore des survivants comme elle. Des gisants traînant leur fardeau à bout de bras et luttant contre un épuisement extrême en permanence.

“Comment as-tu survécu ? Comment trouves-tu la force de te battre après tout ça ?”

Theo ne s’aperçut pas tout de suite qu’elle se montrait familière. Elle avait tellement l’habitude de tutoyer ses jeunes patients que c’était venu naturellement. Gênée, elle passa une main dans ses cheveux de jais.

“Pardonnez-moi… Déformation professionnelle.”
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Theodora & Lana

« Changer d’optique, prendre l’exit… »
Le contact de ses gants contre sa peau la rassura étrangement. Elle effaçait une larme… Une simple larme parmi les gouttes de pluie mais elle l’avait remarquée. Elles partageaient quelque chose de fort… et de destructeur. Elles étaient toutes les deux ravagées par un passé qui était impossible à effacer. C’était à la fois triste et beau. Une douleur intense mêlée d’un soulagement : celui de ne plus être seule. Mais dans quelle mesure ? Telle était la véritable question.

L’intimité… Je crois que c’est une notion qui a très vite disparu pour moi,” répondit simplement la journaliste, un sourire las sur les lèvres.

Avait-on une intimité dans un hôpital psychiatrique ? Non… Dans un “asile d’aliénés” ? Certainement pas. Avait-on une intimité quand on nous avait souillée ? Avait-on une intimité quand notre vie privée avait déjà été dévoilée à la presse ? Ce n’était qu’une infime partie… Mais son homosexualité, qu’elle ne cachait pas, avait été dévoilée. Elle en avait fait une force seulement ce n’était pas par choix…

Elle sourit finalement, en entendant cette familiarité dans la voix de Theodora. Elle n’allait certainement pas lui reprocher et pourtant, elle semblait gênée.

Je pense qu’après ceci, il me semble logique que nous nous tutoyons… Non ?

Elles prenaient toujours la pluie, seulement, ce n’était plus important. C’était comme si la bulle s’était déplacée. Comme si elle était dehors désormais, les protégeant de tout le reste, du regard des passants cachés sous leurs imperméables et leurs parapluies. Une simple bulle avec une force incroyable.
La brune avait baissé sa main mais instinctivement, Lana avait posée la sienne par dessus.

Si je n’avais pas trouvé la force… Je ne serais certainement pas là. En réalité… Je me suis battue contre moi-même, contre mes démons, et je me suis concentrée sur mon travail… et sur la vengeance,” expliqua-t-elle à Theodora.

Elle aurait voulu lui expliquer mais elle ne savait pas par où commencer. Elle n’avait aucune idée de ce qui se passait réellement, de ce qu’elle ressentait.

Ecoute… Je suis venue en voiture, et par miracle, il ne pleut pas dedans… Je peux te proposer de te raccompagner ou tout simplement de nous y abriter ?

Elle soupira, assez mal à l’aise. Sa proposition était idiote, elle aurait préféré lui proposer de l'emmener chez elle, lui offrir un thé, ou un verre d’alcool fort. Comme pour se redonner un peu de courage, elle sortit un paquet de sa poche.

Cigarette ?

Elle manqua d’éclater de rire devant la futilité de sa question. ”Oh, tu viens de voir certainement ma vie dans un asile ! Traumatisée ? Hmmm, allez, fumons, ça passera mieux !” Idiot. Et pourtant c’était un vice qui la rassurait.
(c) DΛNDELION

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Lana ne sembla pas s’offusquer du lapsus de Theo, au contraire. Peut-être avait-elle besoin d’une amie, elle aussi ? Elle commençait tout juste à lui donner les clés pour comprendre ce qu’elle avait vu. Le terme de vengeance fleurit dans sa bouche et intrigua Theodora. Ce pouvait-il qu’elle ait obtenu justice pour les horreurs qu’on lui avait faites ? La médium se demandait comment on pouvait tourner la page avec ce genre d’affronts, mais Lana semblait avoir réussi à les surmonter.

Alors que la pluie commençait à s’insinuer dans sa nuque, la jeune femme prit conscience qu’un déluge s’abattait sur elles. Trempées de la tête aux pieds. Theo grimaça quand Lana lui proposa de s’abriter dans sa voiture.

“Je veux bien, à ce rythme-là on va finir par attraper la mort !”

La médium se releva en s’appuyant contre le mur. Ses jambes tremblaient moins et arrivaient désormais à la porter sans faillir. Elle adressa un sourire à la journaliste pour la rassurer. Au moment d’enfoncer les mains dans ses poches, elle se rappela que l’une d’elles était privée de protection. C’est là qu’elle avisa son gant trempé de bière entre les doigts de Lana.

“Est-ce que.. je peux le récupérer ?”

Il était tout simplement inconcevable de poursuivre sans gants, même si la sensation d’humidité serait désagréable. Si elle devait monter dans la voiture de Lana, elle ne voulait pas risquer de se heurter à d’autres souvenirs dramatiques.

Pour détendre l’atmosphère, Lana lui proposa une cigarette. En tant que fumeuse invétérée, Theo n’y réfléchit pas à deux fois avant d’accepter sa proposition. Cela calmerait ses nerfs et lui rendrait un semblant de normalité sur le chemin du retour.

“Volontiers, ça me fera du bien, merci.”

Elle préleva une de ses addictions dans le paquet ouvert que lui tendait la journaliste et tira son propre briquet de sa poche. Elle protégea d’une main la flamme des bourrasques de vent alors qu’elle l’avançait vers Lana. Voir la nicotine s’embraser entre les doigts de la jeune femme ramena un sentiment d’apaisement dans sa tête. A son tour, elle alluma sa cigarette et aspira une bouffée avant de rempocher son briquet en frissonnant.

“Je suis venue à pied, je n’habite pas très loin. Est-ce que… ça te dirait de venir prendre un café chez moi le temps que l’orage se calme ?”
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Theodora & Lana

« Changer d’optique, prendre l’exit…  »
Cette façon de s’avancer vers elle déstabilisa Lana qui s’était relevée elle aussi. Allumer une cigarette à quelqu’un… A son époque, ce n’était clairement pas anodin et avait même une part de sensualité, de flirt. Etait-ce toujours le cas ou Theodora était-elle tout simplement prévenante ? Dan tous les cas, elle la remercia d’une hochement de tête, la gratifiant au passage d’un sourire avant de tirer sur l’objet du vice et inhaler la fumée délivrante. Un soulagement instantané l’envahit. Elle manqua néanmoins de s’étouffer en entendant la proposition de la brune. Eh bien ! Au moins, tu n’as pas eu besoin de le faire, c’est plutôt sympathique, non ?

Avec plaisir,” répondit Lana.

Sa voiture était à quelques pas, aussi, elle l’accompagna. Le silence entre elles avait quelque chose de gênant et d’apaisant. Il y avait toujours cette dualité des sentiments qui la perturbait. Mais ça n’avait aucune importance, parce qu’elle se sentait dans tous les cas à sa place. C’était étrange, mais pour la première fois depuis qu’elle avait débarqué dans cette époque, elle se sentait enfin “normale”... Comble de l’ironie !
Finalement, elle ouvrit son parapluie afin des les protéger le temps de terminer leur cigarette puis ouvrit la porte côté passager. La “galanterie” avait toujours été dans son caractère. Dans toutes les situations à tendance romantique, Lana était celle qui faisait le premier pas. C’était d’ailleurs de cette manière qu’elle avait séduit Wendy. Elle l’avait invitée dans de très beaux restaurants, l’avait raccompagnée chez elle… Alors oui, dans ce contexte précis, elle se sentit idiote d’ouvrir cette fameuse portière, mais c’était trop tard. Gênée, elle passa une main derrière sa nuque et se racla la gorge quand Theodora fut montée.

Installée derrière son volant, elle reprit la parole.

Tu sais… Je suis désolée… Sincèrement. Quand tu m’as répondu que tu n’enlèverais pas ton gant, j’ai accepté ce refus. Jamais je n’ai voulu insister… Ce n’est pas du tout dans mes principes

Il n’était plus question de principes “galants” cette fois-ci mais de respect de l’autre, tout simplement. Elle n’aurait jamais été contre un refus. Il ne s’agissait pas d’obtenir des informations sur un violeur en série ou sur un trafiquant de drogues en fuite… Non, il s’agissait d’une personne, dans sa vie de tous les jours, qui souffrait continuellement. Et en cela, la situation était particulière. Tu veux dire que Theo est particulière, non ? Elle lui sourit.

Il va falloir me guider jusqu’à chez toi.
(c) DΛNDELION
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Sous le parapluie, Theo tirait distraitement sur sa cigarette. Ses cheveux dégoulinaient de pluie et se collaient dans sa nuque pour répandre un froid glacial. La médium frisonna avant d’expulser sa dernière bouffée de fumée et de jeter son mégot dans le caniveau. La tension était enfin redescendue et laissait à présent place à la fatigue et au silence. L’absence de conversation ne gênait pas Theodora, au contraire. Cette paisibilité l’enveloppait pour éloigner les mauvais souvenirs.

Lorsque les deux femmes arrivèrent devant la voiture de Lana, cette dernière la devança pour ouvrir la portière côté passager. Theo sourit à cette attention. Depuis quelques minutes, elles n’agissait plus comme de simples connaissances. Des échanges de regards, des mots pleins de réconfort, des attentions… L’une comme l’autre savait très bien ce qui était en train de se passer. Et le fait de se montrer attentionnée ne faisait que confirmer la théorie qui trottait dans la tête de la médium. C’était ce qu’elle aimait dans les relations entre femmes. La galanterie n’était plus une affaire d’homme, elle passait de l’une à l’autre en toute simplicité, à la convenance de chacune. Malgré le fait que la journaliste lui plaisait de plus en plus, la jeune femme se montrait hésitante.

Allons Theo, tu veux vraiment la ramener chez toi et l’ajouter à la liste de tes conquêtes ? La faire souffrir comme les autres ?

La médium pouvait parfois se montrer pire qu’un homme lorsqu’elle entamait une relation. Par peur de laisser quelqu’un entrer dans son cercle intime et découvrir ses névroses, elle coupait souvent court à une histoire naissante. La plupart du temps, elle choisissait des filles sans histoires parce qu’il était plus facile de les embrasser et s’immerger dans des visions heureuses. Theo préférait la facilité parce qu’elle n’avait pas le courage de relever quelqu’un d’aussi faible qu’elle. Et pourtant, le passé troublant de Lana produisait un effet étrange sur elle. Une sorte d’attraction mêlée au rejet de cette violente réalité.

Elle ne restera pas de toute façon. Tu la feras fuir avant qu’elle ne termine son café.

Alors qu’elle attachait sa ceinture, Lana s’excusa d’avoir provoqué ces visions. Elle avait agit instinctivement sans réfléchir aux conséquences.

“J’étais pas d’accord parce que ça revenait à violer notre intimité à toutes les deux.”

Se rendant compte du mot qu’elle venait d’employer, Theo ferma les yeux et se gifla mentalement. Quelle conne…

“Pardon, je ne voulais pas… Ce que je veux dire, c’est que ça revenait à nous forcer à faire des choses terribles. Me contraindre à voir, te contraindre à me montrer. Et… On n’était pas prêtes à ça.”

Alors que la journaliste démarrait, Theo esquissa un sourire en coin.

“Roules… Je te dirai quand tourner.”
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